Vins Bordeaux primeurs 2015

Publié le 25 septembre 2018 Dans : A la découverte du monde du vin, Slider Avec 363 Vues

De Pichon Lalande à Pichon Comtesse

 

Lors de la dégustation des Bordeaux Primeurs 2017, Juliette Théry et moi-même avons poussé la porte de plusieurs Châteaux à Pauillac. Parmi eux, Pichon Baron et Pichon Longueville Comtesse de Lalande. Une seule rue sépare les deux Châteaux. Leurs vignobles sont mitoyens et présentent à priori peu de différences.  Seul le travail de l’homme, ses décisions et son outil de vinification font la différence. Et cette année-là, nous avons clairement eu un coup de cœur pour le vin de la Comtesse. Il nous fallait en savoir un peu plus.
C’est précisément ce qui a motivé ma nouvelle visite au Château, ce vendredi 21 septembre 2018.

 

Chai du Château Pichon comtesse de Lalande avec jolie barriere en fer forgé

 

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La dégustation du Pichon Comtesse 2017

 

Tout d’abord, revenons sur notre dégustation en avril 2018.
Je me souviens que nous avions été subjugués, tant par la Réserve de la Comtesse 2017 que par le grand vin du Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 2017. En effet ces 2 vins proposent une énergie rare. Des vins différents de ce que nous avions goûtés jusqu’à présent à Pauillac: des vins vibrants, fruités, longs, précis. Une construction remarquable avec une trame acide finement présente, des tanins d’une grande douceur et d’un soyeux exceptionnel. Mais plus encore, ce qui nous a marqué, c’était cette énergie, cette vibration et ce côté digeste. C’est ce qui fait que tout d’un coup le dégustateur professionnel ne veut plus cracher mais inconsciemment s’oublie à avaler. J’en profite pour préciser encore ici la définition d’un bon vin : celui qui appelle une autre gorgée (toujours avec modération) et qui fait passer un bon moment de convivialité et une digestion aisée.   

Les vins du Château nous ont interpellés et nous avons voulu comprendre pourquoi ce vin était si réussi. La personne présente nous explique brièvement que le Château est rentré dans une logique de production biodynamique depuis quelques années déjà et que près d’un tiers de la surface serait déjà convertie.

Voici ce qui avait déclenché notre visite au Château.

 

L’apport de la biodynamie

 

Voyons maintenant ce qu’apporte réellement la biodynamie au Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande.
La climatologie en 2018 n’a pas été simple du tout. En effet, si la pluie incessante pendant les mois d’avril, mai et jusqu’au 18 juin a permis de constituer des réserves d’eau importantes, elle a favorisé le mildiou dans toutes les régions de Bordeaux. Les orages violents de début Juillet pendant une période de forte chaleur ont réactivé la pression Mildiou. Jamais cette pression n’avait été aussi forte depuis 20 à 30 ans de mémoire de vigneron.
Ensuite, une période d’ensoleillement incroyable prend place. Les mois de juillet et août sont chauds et non caniculaires et le mois de septembre semble parfait pour affiner le mûrissement des raisins.  

Absolument pas dogmatique sur la biodynamie, Nicolas Glumineau nous a donné l’occasion de comparer sur le terrain les vignes conduites en bio et celles en biodynamie. Le résultat était assez net : les sols sont plus foncés en biodynamie et le feuillage d’un vert profond et franc. Visiblement, même un néophyte comme moi, pouvait constater une santé bien meilleure pour la vigne conduite en biodynamie.

Aussi, sur le plan du rendement, les résultats parlent d’eux-mêmes. Les jeunes vignes conduites en biodynamie connaissent 10% de pertes dues au mildiou quand les vignes élevées en bio ont perdu jusqu’à 30% de raisins. Des raisins qu’il a d’ailleurs fallu faire tomber fin août.

Enfin, notre deuxième exercice fut passionnant : nous allions goûter les jus de raisin bio et les jus de raisin en biodynamie. Là encore, une différence perceptible à la dégustation en bouche. L’échantillon prélevé à la cuve biodynamie exhibait un fruit plus frais, plus éclatant, plus pur mais également plus précis et plus long.

 

L’histoire récente du Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande

 

En 2007, la maison de Champagne Roederer fait l’acquisition du Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande. Il s’agit d’un Second Cru Classé de 1855  qui appartenait alors à la famille de Lenquesaing. Rapidement une nouvelle équipe est mise en place avec à sa tête Nicolas Glumineau. Un investissement industriel est défini, une cartographie des sols est commandée et le nouveau propriétaire demande à ses troupes de mettre en place la biodynamie.

Commence alors un vaste programme qui va s’étaler sur plus de 20 ans d’arrachage et de replantation du vignoble. Par lots de 3 hectares environ, la vigne est arrachée et mise en jachère pour 2 à 3 ans. Puis, la jeune vigne, dont la variété est soigneusement choisie d’après les conclusions tirées de l’étude des sols, est plantée et cultivée suivant les principes de la biodynamie. De son côté, l’équipe dirigeante sensibilise et éduque les ouvriers à la vigne sur les principes clés de la biodynamie. Ils insistent notamment sur la nécessité d’observer et de donner les traitements qui vont bien. Ces directives permettent de favoriser le développement d’une vie bactérienne riche au niveau du sol. Ainsi, la plante se développe mieux et génère ses propres défenses immunitaires contre les différents éléments. Sécheresse, pluies violentes et abondantes, mildiou, oïdium, etc.. s’avèrent moins virulents. 

Parallèlement, un chai de vinification et d’élevage 100% gravitaire est mis en place. Nous avons assisté à l’entrée de vendanges des jeunes Merlots et avons pu constater l’état sanitaire impeccable du raisin. Nous avons aussi été témoins de l’égrappage et du tri optique – élimination des baies non conformes en taille et en couleur.

cuves tronconiques inox


Puis, nous avons vu l’encuvage par gravité des baies. Le chai met en œuvre des cuves inox double peau tronconiques favorisant l’échange optimal entre le chapeau de marc et le jus lors de la macération.

 

 


Pichon Lalande devient vraiment Pichon Comtesse

 

L’amateur de Pauillac et de Pichon Longueville a soit ses préférences pour le Baron, soit pour la Comtesse. Avouons que la nuance est fine. Jusqu’en 2007, les équipes du Château ont cherché à se distinguer et faire un vin plus féminin : Pichon Lalande. Celui-ci se rapprochait du goût d’un très grand Saint Julien. Le Château Pichon Comtesse est entouré des vignes des Châteaux Pichon Baron (2ème Grand Cru Classé de Pauillac), Latour (1er Grand Cru Classé de Pauillac) et Léoville Las Cases (2ème Grand Crus Classé de Saint Julien).

Nicolas Glumineau nous explique alors que son objectif est de ramener les vins du Château dans un univers gustatif plus Pauillac. Pour cela il compte notamment sur sa politique de replantage favorisant le Cabernet Sauvignon au détriment du Merlot. Il ajoute : « Le réchauffement climatique est notre allié. Force est de voir que depuis 2014, nous avons de grands millésimes, et ce même avec les conditions extrêmes de pluie ou de sécheresse que nous vivons. L’augmentation des températures s’accompagne d’une élévation des degrés alcooliques. En élevant la proportion du Cabernet Sauvignon et en mettant en place la biodynamie, nous espérons contenir le degré alcoolique et tirer parti de notre terroir. Car c’est bien un vin de Terroir Comtesse que nous voulons faire qui saura exprimer la puissance, l’élégance et le raffinement ! Finalement, si cela continue, 2018 sera un millésime exceptionnel voire meilleur encore ! »

Nicolas Glumineau a déjà sa feuille de route prête pour 2019 et plus loin. En effet, la dégustation comparative des 2014, 2015, 2016 et 2017 permet de constater que les vins gagnent chaque année un peu plus dans la précision souhaitée. Il sait pertinemment que chaque année à venir il pourra bénéficier d’une proportion croissante de vin issu des vignes élevées en biodynamie. Il sait aussi que ses équipes vont améliorer leur maîtrise de la boite à outil biodynamie en fonction des aléas climatiques. Sans aucun doute, le temps va faire son œuvre pour que Pichon Comtesse puisse séduire et réjouir tous les aficionados de grands vins de garde.

 

        Enfin, pour l’heure, nous saluons également l’excellente position prix commandée par le Château. Son millésime 2017 en primeur présente une baisse de 28% sur le prix du grandissime 2016. Cette baisse de prix en dit long sur l’esprit et la volonté du Château de faire mieux. Ils veulent faire entrer Pichon Comtesse dans une nouvelle ère ; celle des Bordeaux modernes post-Parker.
Lecteur, à vous de faire comme moi et de mettre en cave la Réserve et la Comtesse !


fiche autheur Thierry Goddet

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